A QUI PROFITENT LES CHIENS DITS DANGEREUX ?
Je viens de lire la nouvelle : suite à ce tragique
événement entre des chiens et un enfant de 6 ans en Suisse
alémanique, certains députés vaudois viennent de prendre une mesure
d’urgence, soit-disant pour rassurer la population vis-à-vis des
canidés. Et quelle est –elle cette mesure extraordinaire : eh bien
tout simplement un impôt. Un de plus serais –je tenté de dire ! Ces
chers politiciens ont donc décidé de demander à chaque propriétaire
d’un chien dit « dangereux » un impôt annuel de CHF 500.-. Mais la
meilleure, c’est la manière dont ils ont pris cette décision. En
effet, ces élus discutaient du budget, lorsque tout à coup certains
ont compris comment faire de la récupération politique avec un sujet
« brûlant ». La belle affaire ! L’art de remplir les caisses de
l’Etat tout en faisant croire à cette brave population bien naïve
que c’est pour son bien. S’il ne s’agissait pas d’un décret concocté
par des « notables », on pourrait presque parler de « racket
»…Pourtant, cette mesure d’urgence a un sacré talon d’Achille : il
reste maintenant à édicter une liste en choisissant les chiens
soumis à ce nouvel impôt. Et de l’aveu même de certains députés,
cette tâche va s’avérer pour le moins compliquée…Comme souvent, il
s’agit d’une décision arbitraire et absurde, prise par des gens fort
peu au fait de ce qui concerne les chiens, et qui n’empêchera pas un
accident comme celui cité plus haut de se reproduire. On voit aussi
un député valaisan, emporté par son élan comme une avalanche
dévalant une montagne, décréter qu’il faut tout simplement interdire
une dizaine de races de chiens. Allons donc !
Concrètement, si je prends l’exemple du canton de Genève, pourquoi
discuter de mesures d’urgences puisque que nous avons une loi toute
neuve, entrée en vigueur récemment, en ce qui concerne l’élevage, la
détention et l’éducation des chiens. Le pilier de cette législation
reste une liste de races qui ont été décrétées « dangereuses » par
un collège de personnes plus ou moins spécialistes. Pour ma part, je
reste persuadé que nombre de races ne figurant pas sur cette fameuse
liste peuvent se montrer tout aussi redoutables lorsqu’elle passent
entres les mains « expertes » de certains humains. Cette ordonnance
impose donc quelques devoirs supplémentaires aux gens détenant un
chien figurant sur la « liste rouge », ainsi qu’à ceux qui
pratiquent le mordant. Le principal étant celui de s’annoncer auprès
de l’Office Vétérinaire Cantonal (OVC). Elle dicte aussi clairement
la conduite à tenir au niveau de l’élevage et de l’éducation canine.
Alors jusque là, tout paraît parfait dans le meilleur des mondes.
Mais voyons un peu la réalité… Lorsque l’on connaît l’importance des
premiers mois de la vie d’un canis familiaris et que l’on voit
passer bon nombre de personnes ayant acheté un chien dit dangereux
en passant par les petites annonces, par l’intermédiaire du copain
d’un copain, ou sur un coup de tête lors de vacances en Espagne ou
ailleurs, on peut déjà penser aux problèmes à venir. Il suffit
d’ouvrir les journaux genevois pour trouver régulièrement des
annonces de particuliers vendant des chiots faisant partie des races
couchées sur notre fameuse liste. Ces gens, qui n’y connaissent la
plupart du temps pas grand chose, habitent souvent en appartement et
n’agissent que par appât du gain. Je ne les appellerai en tous les
cas pas éleveurs mais ils portent une part de responsabilité dans
les comportements futurs de la vie des animaux qu’ils vendent. Mais
qui contrôle ces portées interdites ?
On trouve ensuite bon nombre de soi-disant éducateurs et/ou
comportementalistes prêts à vendre tout et n’importe quoi à des
propriétaires de chiens souvent bien crédules. Mais pour fonctionner
comme éducateur canin dans le canton de Genève, il faut être
dorénavant au bénéfice du brevet de la FRC ou d’une formation jugée
équivalente. Afin d’être en adéquation avec la nouvelle législation,
nombre de privés, ainsi que des moniteurs de clubs, ont payé et
suivi la formation pour obtenir ce fameux document. Une fois réussi,
comme si ça ne suffisait pas, ces gens ont encore du subir une
demi-journée de formation auprès de l’OVC, pour obtenir une
autorisation d’exercer l’éducation canine dans le canton. Et pendant
ce temps là, d’autres continuent leur chemin sans trop se soucier
des leurs obligations légales ou en faisant intervenir un politicien
de la région pour obtenir une dérogation. Certains propriétaires,
voulant bien faire, sont allés en toute confiance suivre des cours
dans des endroits où les moniteurs ont regardé avec tendresse le
petit chiot sauter et courir après tous les autres, tout en parlant
de la vie du loup. Les gens ont alors appris qu’il s’agirait d’un
jeu et que le chiot devrait se calmer tout seul en grandissant.
Malheureusement, à force de faire la loi dans le cours, le chiot ne
se calme pas du tout mais se renforce, développe son esprit de
compétition et sa virulence vis-à-vis des ses congénères, parfois
même bien avant d’arriver à l’adolescence. Le beau jour arrive où le
moniteur intervient de manière inadaptée en punissant l’animal ou
prie gentiment le propriétaire d’aller voir ailleurs car il ne sait
plus quoi faire…mais le mal est déjà fait ! Ces éducateurs là aussi
portent une part de responsabilité sur les comportements futurs des
ces animaux. Mais qui contrôle ces gens qui exercent dorénavant sans
autorisation une fonction réglementée par notre belle loi ? Qui
contrôle ces comportementalistes du dimanche auto-proclamés, ne
sachant que parler du loup (la plupart du temps sans même en avoir
vu un seul dans leur vie) et souvent de manière inexacte ?
Que dire aussi des détenteurs de chiens dit dangereux obligés de
suivre des cours d’éducation canine par décision de l’Office
Vétérinaire. La plupart le sont suite à des blessures plus ou moins
graves, infligées par leur chien à d’autres congénères et, plus
rarement, à l’être humain. Certains ne se présentent jamais aux
cours. D’autres arrivent régulièrement en retard, refusent de se
procurer l’équipement minimal pour travailler avec leur chien, se
moquent éperdument des conseils et consignes de l’éducateur, se
montrent arrogant et sûr de leur fait ou prétextent qu’ils sont
victimes de leur couleur de peau ou de leur façon de s’habiller. La
liste n’est pas exhaustive, tant s’en faut. Que faire avec une
personne dont le chien a tué un congénère et qui considère ceci
comme « une petite bagarre » ? Il est de la responsabilité de
l’éducateur canin de signaler le comportement laxiste de ces gens à
l’Autorité Compétente mais son pouvoir s’arrête là. Alors après, que
se passe-t-il ? Rien, la plupart du temps ces personnes sont
simplement envoyées auprès d’un autre éducateur. Pourtant, il est
illusoire de croire qu’il soit possible d’obtenir des résultats avec
des propriétaires de chiens ayant un tel état d’esprit. J’ai aussi
entendu dire qu’il ne servait à rien de leur infliger une amende
puisque de toutes façons il(s) ou elle(s) ne payeront jamais. Alors
pourquoi ces possesseurs de chiens là se feraient-ils du souci et
auraient un quelconque respect de quoi que ce soit ?
Enfin un petit mot pour ces sites Internet, qui ont vu le jour en
même temps que cette mode de certaines races de chiens et qui se
nourrissent des polémiques les entourant. Les gens qui gèrent
quelques uns de ces sites autorisent parfois des forums de
discussion où quelques « bouffons », sous couvert de l’anonymat bien
lâche que leur confèrent leurs pseudonymes ridicules, se permettent
de calomnier d’autres personnes sans les connaître, de vanter les
exploits de leurs molosses dans des bagarres ou autres faits divers
et se faire passer pour des victimes. Mesdames et messieurs les
propriétaires de chiens dits dangereux, y compris ceux qui gèrent ce
genre de sites sur le Net, sachez qu’en laissant se répandre de tels
propos sur la toile vous ne rendez pas service aux races que vous
aimez, et encore moins au monde canin en général.
Je crois que beaucoup de gens devraient arrêter d’essayer de tirer
profit de la situation émotionnelle autour des chiens, et
particulièrement ceux dits dangereux. Une muselière obligatoire
n’apprendra jamais rien à un chien à part la frustration, une laisse
ou un impôt supplémentaire ne lui apprendront jamais à obéir, parler
du loup à des gens qui ne comprennent pas leur chien n’avance à rien
et des polémiques stériles ne le rendront pas plus docile. Interdire
quelques races est une mesure hypocrite de certains pour se donner
bonne conscience et tromper la confiance de ceux qui ne connaissent
pas les chiens ou qui en ont peur. Il serait peut-être temps que nos
chers élus, ainsi que beaucoup d’autres d’ailleurs, comprennent
qu’il n’existe qu’une seule voie, celle de l’information, de
l’éducation correcte et du respect des besoins du chien. Emprunter
cette direction, c’est la responsabilité en premier lieu des
propriétaires de chiens, respectivement des éleveurs et des
éducateurs canins, voire des vétérinaires. Et c’est bien ces gens là
qu’il faut sensibiliser, aider, encadrer, contrôler et aussi parfois
sanctionner. Là se trouve le devoir de l’Etat, à lui de se donner
les moyens de le réaliser.
Le chien n’est que ce qu’en fait l’être humain, mais c’est toujours
le premier à payer pour nos erreurs…
Nicolas ROTHEN
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